Gagner à l’euromillion

Je suis le genre de gars qui ne joue qu’une fois tous les  trente-six du mois et qui rêve qu’il va toucher le jackpot du premier coup. Pourtant mon frangin m’a dit une bonne dizaine de fois que j’ai au moins 1000 fois plus de probabilités de mourir d’une attaque cardiaque que de toucher le gros lot. C’est vrai que sous l’œil du statisticien économe, le loto est un attrape-nigaud gigantesque. Pourtant je continue de jouer de façon épisodique, parce que j’aime le rêve.  D’ailleurs l’Euro-million, ça vend quoi en réalité? du rêve bien sûr!

Depuis l’instant où l’on entre chez le buraliste jusqu’au tirage et au retour à la réalité, on consomme son rêve et on s’imagine avoir à répondre à la fameuse et existentielle question: « mais qu’est-ce-que je vais bien pouvoir faire de tout cet argent?  » .
Moi j’en reviens toujours au même, voyager, donner à la famille, m’acheter une voire plusieurs maisons, placer le pognon, bref rien d’original. C’est là qu’on se rend compte qu’avec beaucoup d’argent on fait tous les mêmes trucs. Une exception, je ne dépenserais jamais rien pour une bagnole « m’as-tu-vu » , une Rollex  ou quoi que ce soit qui n’aie aucune autre utilité que de montrer que l’on a une quantité anormale d’argent.

Parfois je me dis que si je gagne je n’achèterais rien du tout, je ne ferais que voyager et vivre dans les hôtels. Et puis viennent  pleins d’autres questions subsidiaires du genre: comment je le dis à famille, aux parents, aux amis? Au fait je leur dis ou pas?
Et oui car c’est bien mieux de garder l’anonymat. Imaginez gagner au loto, sans le dire à qui que ce soi. De toute façon, tout le monde serait au courant que quelqu’un du patelin a touché le gros lot, donc il vaut mieux faire profil bas et ne pas faire de gaffe du style se pointer du jour au lendemain en Lamborghini…bon faudrait pas être fut-fut certes mais bon…Un gagnant s’est bien fait mettre à la porte de la principauté Monégasque parce qu’il faisait trop de tapage avec sa grosse cylindrée.
Autre soucis, si on donne à ses proches, à qui donner? On donne aussi aux cousins éloignés? aux enfants? Quelles sommes?

Quand j’en arrive à ce genre de question je me dis que le rêve peut vite tourner à l’énorme prise de tête et je prends conscience que le rêve est consommé et lorsque je vais consulter les numéros sortant, je me suis déjà fait une raison. Pour les pauvres comme moi, le gros lot du loto ça fait rêver mais ça nous dépasse, même si j’aimerais bien être dépassé un jour par ce genre de « souci ».

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